Pauline Jabbalha : créer, transmettre, réparer

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À la croisée de l’action sociale et de la création, la pratique artistique de la jeune illustratrice Pauline Jaballah, se déploie comme un espace d’expérimentation et d’engagement. Formée à l’École Supérieure des Arts Décoratifs de Paris, elle développe aujourd’hui une démarche hybride, nourrie par le travail auprès de publics fragilisés et par une recherche personnelle encore en devenir. Elle habite aujourd’hui principalement à Marseille.

Une part essentielle de son activité commence dans les “Cool’heures de la Pastorale”, un lieu relais, situé dans l’Essonne, accueillant des enfants et des jeunes en situation familiale, sociale ou psychologique problématique, placés par l’aide sociale à l’enfance.
C’est dans ce cadre que Pauline Jaballah intervient comme artiste. Elle y propose des séances qui débordent volontairement les cadres stricts de la thérapie pour faire place à l’expression et à la valorisation individuelle. L’objectif est simple et ambitieux à la fois : redonner confiance, offrir un espace où l’on peut inventer, produire et être reconnu.
Certains participants révèlent des capacités étonnantes comme Awa, adolescente diagnostiquée autiste et psychotique, dont le sens de l’illustration impressionne par sa force et sa singularité. Chaque production est pensée comme une œuvre à part entière. Et sera mise en avant ainsi.

De cette pratique est née “Les Coloriés”. À la fois maison d’édition et outil de médiation, cette association permet de transformer les créations réalisées en objets (affiches, livres, fanzines).
Le principe est simple : un poster par enfant, publié, valorisé, reconnu et même parfois exposé.
À Marseille, Pauline Jaballah cherche désormais à transposer ce modèle. Des liens sont train d’être tissés, notamment avec des structures locales comme le centre d’animation des Abeilles ou l’association “Art Noble”, active dans les quartiers nord. Elle y expérimente d’autres formes de parutions, plus légères, proches du fanzine, comme La Ruche ensoleillée, une gazette mêlant écriture, pratiques esthétiques et valorisation d’artistes locaux.

Si la dimension collaborative transparaît largement dans ce qu’elle fait, Pauline Jaballah revendique aussi un besoin croissant de revenir à une pratique plus introspective. Le dessin au crayon, notamment, constitue pour elle un espace de respiration, loin des contraintes techniques et économiques liées au numérique.
Son premier album pour enfants, Le Plus grand crayon du monde, est paru aux éditions Un Autre Reg’art en 2024. Aujourd’hui, ses travaux personnels restent en construction. Parmi eux, Personal Vendetta, un roman graphique explore une matière autobiographique et des questionnements intimes, entre mémoire, violence et représentation. La jeune femme y interroge la frontière entre récit de soi et récit de l’autre.
D’autres idées existent, notamment en littérature jeunesse, mais peinent encore à être finalisées. Comme beaucoup de professionnels engagés dans des pratiques sociales, l’autrice doit composer avec une réalité financière inconfortable : ses activités d’atelier constituent aujourd’hui son principal revenu, au détriment du temps consacré à ses propres œuvres.

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