Agent littéraire, quézako ?
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Marie-Pacifique Zeltner nous parle de son métier, devenu au fil des années un véritable maillon de la chaîne du livre.
L’Aixoise Marie-Pacifique Zeltner exerce en freelance depuis plusieurs années et n’a pas ce qu’on peut appeler un “profil classique” (expérience à l’étranger, ou formation juridique). Elle a suivi un DUT métiers du livre et une licence d’édition numérique. « Je devais continuer mes études. On m’a proposé un CDI en tant qu’attachée de presse à Paris. J’ai occupé ce poste de 2002 à 2009. En 2009, le Diable vauvert recrutait quelqu’un pour s’occuper des droits étrangers et des négociations d’acquisitions. Je parlais anglais et j’avais déjà de l’expérience dans ce domaine grâce à des stages notamment. Je me suis dit que c’était vers là que je voulais aller. »
Longtemps réservé au monde anglo-saxon ou aux ouvrages à succès, le métier nait à la fin du XIXe siècle. La première agence parisienne est fondée dans les années 1920. Jenny et William Aspenwall Bradley jouent alors le rôle de porte-paroles pour des écrivains américains en France tissant ainsi des liens entre les milieux littéraires transatlantique et français.
Depuis mars 2016, L'Alliance des Agents Littéraires Français est membre du syndicat français des Agents artistiques et littéraires et compte aujourd’hui plus d’une trentaine de membres.
Il existe :
- L’agent d’éditeurs qui se voit confier un catalogue en vue de cessions de droits pour des traductions vers l’étranger, pour des adaptions (cinéma, télévision, numérique, BD…) ou encore pour le passage en poche, livres en grands caractères ou livres audio.
- L’agent d’auteurs ou de talents qui les « conseille et les représente » dans les domaines littéraire, juridique, financier et économique.
Marie-Pacifique Zeltner travaille notamment pour Le mot et le reste, Hors d’atteinte et le Diable vauvert.
« Mes clients sont les petites et moyennes structures qui ne peuvent pas salarier quelqu’un et qui souvent n’ont pas les compétences pour établir les contrats, pour organiser la prospection ». Une prospection rendue nécessaire par la globalisation des échanges, la multiplication des exploitations possibles d’un texte. Ces éditeurs lui confient donc leur catalogue en exclusivité, qu’elle défend ensuite auprès de maisons étrangères dans le monde entier, sans restriction géographique.
L’agent indépendant est payé en général à la commission sur les transactions effectuées. Celle-ci varie en fonction du type de cession (France, international ou cinéma).
Un certain nombre de rendez-vous sont incontournables comme la foire du livre de Francfort, de Londres ou celle de Bologne pour la littérature jeunesse. De plus, le Bureau international de l’édition française (Bief) organise des “Séjours perspectives” pour permettre à une délégation de professionnels français de partir à l’étranger.
Certains marchés demandent de collaborer avec des intermédiaires. « J’ai un réseau de co-agents que j’anime. En Chine, j’ai évidemment une collaboratrice parce que je suis incapable de lire la langue, de créer des relations, de connaitre la problématique locale de la censure. C’est elle qui choisit ce qu’elle va mettre en avant. Si elle y arrive, je partage ma commission. Pareil pour la Corée et le Japon. Le métier a beaucoup d’atouts et c’est très intéressant de comprendre les différents environnements, de connaître les autres législations… ».
Certains démarchent leurs clients en direct, recrutent à la sortie des ateliers d’écriture ou des masters… ou encore proposent leurs services à des personnes reconnues.
Le métier a pris de l’importance « face à la nomadisation des auteurs » et au fait que les éditeurs leur consacrent moins de temps. Une relation également altérée par le turn-over des postes. C’est là que l’agent intervient.
Si ce n’est pas son activité principale, Marie-Pacifique-Zeltner accompagne certains écrivains, souvent rencontrés par le bouche à oreille, comme Valérie Paturaud 1 par exemple. Le travail consiste alors à placer un manuscrit qu’elle trouve « convaincant » et pour lequel elle pense avoir le réseau. L’auteur lui délègue dans un contrat sa carrière artistique, en contrepartie d’une commission.
Il peut y avoir un éditing léger pour que le manuscrit puisse être proposé. « J’interviens rarement sur le 1er roman en général. Si je l’ai accepté, c’est qu’il me semblait vendable en l’état. Souvent sur le 2e ou 3e il y aura un peu de réécriture pour étoffer un personnage ou pour renforcer la narration. Ce sera très léger ».
Une fois le texte placé, elle sert d’interlocutrice avec la maison d’édition, puis elle continue à suivre l’œuvre et intervient de nouveau s’il y a un changement d’éditeur.
En 2021, Hervé Le Tellier affirmait dans un article de Livres Hebdo intitulé Pourquoi les auteurs font appel aux agents ? « Je ne peux plus me passer de mon agent ». Il précisait que celui-ci, en négociant mieux qu’il ne saurait le faire lui-même, parvenait à augmenter, en moyenne, de 20 % ses revenus, et à conserver certains droits, comme l’audiovisuel.
1 Le dernier roman de Valérie Paturaud, La Cuisinière des Kennedy, est paru chez les Escales en 2024.