Anne Aubert, bibliothécaire engagée au service de la lecture pour tous

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Article rédigé par Laurence Cleyet-Merle, enseignante et chargée de valorisation culturelle aux Archives municipales de Marseille.

Formée aux Métiers du Livre à Aix-en-Provence, Anne Aubert a d’abord exercé comme libraire à Aubagne, Blois et Laval, où elle s’est spécialisée dans la littérature jeunesse. Elle rejoint ensuite le réseau des bibliothèques d’Aix-en-Provence, où son parcours prend une nouvelle dimension. Elle endosse notamment le rôle de médiatrice littéraire et monte des projets pour rendre le livre accessible à tous.

Elle travaille d’abord comme archiviste et documentaliste au sein du Centre de documentation Albert Camus. Ce fonds réunit des documents variés – manuscrits, tapuscrits annotés, correspondances, articles ou conférences – témoins précieux de la pensée de l’écrivain. Comment faire parler ces archives ? Comment les rendre vivantes ? C’est à ces questions qu’elle répond avec passion en accompagnant Marcelle Mahasela ainsi que l’équipe de pilotage de l’exposition Albert Camus, citoyen du monde, présentée en 2013 dans le cadre de Marseille-Provence Capitale européenne de la culture. Le parcours scénographique, imaginé par Yacine Aït Kaci (Electronic Shadow), allie technologie numérique et poésie pour traduire une immersion sensible de l’univers de Camus.

Par la suite, elle rejoint les Deux Ormes, équipement niché dans une bastide provençale entouré d’un jardin, au cœur du Jas de Bouffan. Elle y cultive une relation attentive aux publics et à leurs besoins. Toujours à l’affût de nouvelles façons de susciter l’envie de lire, elle valorise des titres parfois méconnus mais d’une grande richesse, conçoit des bibliographies thématiques – comme celle sur La descente des rivières, dédiée à la vie sauvage – et imagine l’accueil des classes du secteur.

La bibliothèque dans son quartier, c’est aussi le développement de partenariats avec les acteurs sociaux et culturels. Cela va de lectures partagées avec le Relais Petite Enfance, en passant par la création d’un rayon pratique sur le Développement durable ou la projection d’un film documentaire sur les abeilles lors du Mois Éco-citoyen du Jas de Bouffan, ou bien une intervention thématique lors d’une manifestation sur le Japon créée par le centre social du Château de l’horloge.

En direction des adultes, des rendez-vous « bien-être » ont été programmés depuis trois ans et ont permis de mettre un coup de projecteur sur le développement du rayon soin et médecines douces tout en profitant du jardin. Séances de chi-gong, brain-gym et sophrologie, initiation à l’herboristerie, do-in (technique d’automassage issue de la médecine traditionnelle japonaise)… ont réuni de petits groupes de curieux et dynamisé les prêts.

Anne Aubert essaie de rendre l’établissement plus accueillant et accessible, en particulier pour les personnes éloignées ou empêchées. L’un des derniers projets ? En collaboration avec Tiphanie Nicola, responsable des publics spécifiques à la bibliothèque Méjanes, elle vient d’implanter un fonds « Facile à Lire » et développe des outils adaptés sous forme d’ateliers pour aller chercher les lecteurs hors les murs. Elles comptent d’ailleurs utiliser la méthode participative de l’arpentage autour de l’ouvrage C’est quoi l’amour ? (La Martinière). Chaque participant y lit une partie du livre et en partage sa compréhension avec le groupe, favorisant des échanges riches et sensibles, où chaque point de vue est important !

Qu’il s’agisse d’une intervention avec un auteur ou un illustrateur, d’un atelier dans les parcs pour la manifestation « Tout le monde dehors ! », ou d’une rencontre avec des élèves, la bibliothécaire adapte toujours ses actions à son audience, avec pour fil conducteur l’émancipation, la découverte et le partage. Depuis quelques mois, une nouvelle proposition a fait son apparition ; des lectures pour les moins de six ans en langue maternelle originale. Il s’agit de réunir des familles de divers horizons autour d’un livre non traduit. Se sont prêtés au jeu des mamans polonaises, russes, espagnoles, algériennes, un papi portugais et des étudiantes en Langue des signes française notamment. L’idée étant de communiquer sur sa culture, de valoriser la langue de la maison et d’ouvrir les petites oreilles à d’autres sonorités.

Et la suite ? Elle reste à écrire. Anne Aubert souhaite poursuivre ce travail de médiation en essayant de toucher ceux qui entrent peu en bibliothèque, aussi bien les petits que les grands.

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