EAC : analyse et constats
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La Cour des comptes a publié en février 2025 un rapport d’évaluation de cette politique publique ayant pour but de démocratiser l’accès à l’art et à la culture pour tous les enfants et les jeunes.
L’Éducation Artistique et Culturelle de la France (EAC) s’est mise en place progressivement depuis les années 1970. Elle s’est affirmée depuis la loi de refondation de l’école de 2013 et l’annonce d’un suivi spécifique au nom d’une « politique prioritaire de gouvernement » en 2017. Selon la Charte publiée en 2016 par le Haut Conseil de l’EAC, le parcours « associe la fréquentation des œuvres, la rencontre avec les artistes, la pratique artistique et l’acquisition des connaissances ».
Financièrement, le dispositif est principalement porté par deux acteurs publics : l’État, qui y a accordé 3 milliards d’euros en 2023, et les collectivités territoriales, qui ont apporté un soutien allant de 520 à 650 millions d’euros sur la même année.
Une nette progression du taux d’accès à la culture, mais des objectifs loin d’être atteints
La création de la plateforme Adage (application dédiée à la généralisation de l’EAC) en 2020 et d’une part collective* du pass Culture par décret en 2021 (financée par l’Éducation nationale) ont permis une facilitation majeure dans la programmation artistique et culturelle. Adage, qui est également un outil statistique, indique que 57 % des élèves ont bénéficié d’un parcours d’EAC en 2023-2024 contre 42 % en 2022-2023.
Néanmoins, l’offre reste très inégale. Elle est, en effet, limitée en milieu rural et péri-urbain.
Alors que 84 % des collégiens y avaient accès en 2023-2024, des écarts se creusent à l’arrivée au lycée, entre les voies générales et les filières professionnelles - où se trouvent beaucoup d’élèves d’origine sociale plus modeste.
Selon la Cour des comptes, les difficultés pour atteindre tous les scolaires relèvent principalement d’une organisation générale insuffisante. En 2023-2024, les collèges et lycées n’ont mobilisé que 64 % de leur part collective du pass Culture, alors qu’entre 20 et 30 euros sont disponibles pour chaque élève. Cela signifie que certaines classes ne participent pas, la cause étant souvent liée à la culture personnelle des professeurs. Le rapport suggère une formation des équipes enseignantes, mais surtout une programmation de toutes les classes d’un niveau aux projets/manifestations artistiques.
Les conceptions différentes du périmètre de l’EAC constituent également un frein à sa structuration. Ainsi, selon le ministère de l’Éducation nationale, c’est l’élève qui doit bénéficier des politiques d’EAC, alors que pour le ministère de la Culture, il est essentiel que les citoyens puissent en profiter tout au long de leur vie. Depuis décembre 2021, le Haut Conseil de l’EAC n’est plus réuni par ces deux ministères. La concertation État-collectivités est également à l’arrêt sur le plan national.
Vers une autre gouvernance
La Cour des comptes propose une liste de recommandations à effectuer dès la rentrée 2025 :
- Mettre en place un suivi effectif des projets d‘EAC pour les écoles maternelles et élémentaires.
- Développer la formation continue des enseignants et former les artistes intervenants pour la première fois – avec les enseignants si possible.
- Mieux cadrer les conditions de référencement des acteurs culturels, et privilégier les grands dispositifs institutionnels.
- Étendre à toutes les classes d’une institution une organisation systématique de parcours d’EAC, piloté par le chef d’établissement.
- Réunir une fois par an au moins un comité interministériel.
- Tenir une concertation nationale des ministères prochainement.
- Assurer la tenue annuelle des comités territoriaux de pilotage de l’EAC.
- Resserrer le pilotage du pass Culture, à l’échelle territoriale notamment. Procéder à des contrôles ex post quantitatifs et qualitatifs des prestations financées.