Se former au métier d'écrire
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Depuis septembre 2024, un parcours Création littéraire, recherche et nouvelles formes de narration (CLIN) a été mis en place à l’Université d’Aix-Marseille. Il se situe dans le prolongement du parcours Écritures de la licence de Lettres et vient compléter le Master Écopoétique et création, aujourd’hui enseigné à distance. Jean-Marc Quaranta, maître de conférences dont les recherches portent sur la genèse de l’esthétique de Proust, en est le responsable.
L’ambition de ce nouveau Master (CLIN), qui s’inscrit dans le réseau scientifique pluiridisciplinaire de l’Institut Créativité et Innovations d'Aix-Marseille, est de « faire sortir la littérature des formes traditionnelles que sont notamment le roman et le récit. On veut accompagner et former les étudiants pour faire émerger leur propre regard, leur propre rhétorique. (…) On ne commence pas par les trucs et astuces, qui sont par ailleurs utiles et font bien souvent gagner du temps, mais qui formatent ».
Les enseignements interrogent en premier l’articulation entre la pratique des étudiants et leur réflexion théorique. Cette démarche liant écriture et théorie est lisible chez des auteurs tel que Flaubert ou Proust, ou plus près de nous Claude Simon ou Modiano. Elle se situe au croisement de la psychologie de la créativité, de la psycholinguistique et de la littérature au sens large, en lien avec la génétique des textes, et l’étude des brouillons qui feront l’objet d’un atelier. Il s’agit d’expliciter le processus de production et de favoriser une posture réflexive sur son travail.
La poésie, le roman contemporain, la francophonie, la littérature jeunesse et la chanson sont mis en avant lors des deux années du Master.
Le plurilinguisme et la traduction viennent également alimenter le travail littéraire. « On sait par exemple que chez Proust ou chez Giono et chez bien d’autres écrivains, la traduction a été un élément formateur de leur style ». Plusieurs intervenants, dont Isabelle Cros, maîtresse de conférences en didactique des langues et des cultures, approfondissent ces questions, entre autres sur les albums jeunesse.
L’oralité dans la littérature est aussi questionnée. Il existe un groupe de recherche assez conséquent sur ce thème : comment écrire l’oral ? Sandrine Caddéo, spécialiste de linguistique française met en avant les facteurs linguistiques et éditoriaux qui sous-tendent la création d’une oralité fictive.
Le master est un laboratoire pour pratiquer et essayer. Par exemple, la classe sur Les littératures expérimentales contemporaines, menée conjointement par les auteurs Stéphane Nowak, Florence Pazzottu et l’universitaire Cécile Vergez-Sans, se déroule au CipM, en première année.
L’emploi du temps est constitué de façon à libérer du temps d’écriture et de recherche et pour cela, regroupe l’instruction et les ateliers sur un ou deux jours. Le cursus aboutit à la rédaction d’un texte à la fois littéraire et théorique.
Plusieurs cours inscrivent l’écrivain en devenir dans la cité. Une attention est portée à l’accès vers des publics diversifiés, à des champs esthétiques variés et à une hybridité des disciplines. Le diplôme prend en compte l’évolution des modes de transcription, les nouveaux outils comme l’IA et l’extension du champs de la littérature.
Chacun est invité à s’intéresser à la programmation artistique du territoire et à assister à des propositions. Avec l’objectif à la fois de susciter la naissance d’habitudes culturelles et de nourrir l’œuvre de l’étudiant, il est demandé ensuite à chacun un compte-rendu critique.
Des partenariats sont tissés avec des structures culturelles permettant aussi de faire participer des professionnels accueillis en résidence. Des rencontres sont également organisées en lien avec le parcours Écopoétique.
Certains apprentissages sont très techniques, comme l’écriture scénaristique (bande-dessinée, cinéma, série…). Des enseignants médiévistes, créateurs de L'affaire Pétrarque - Codex et Info(X), transmettent des compétences en « narrative design » dans le cadre de master classes.
La médiation (modération, animation d’ateliers d’écriture…), la mise en œuvre d’événements, ainsi que la fabrication d’une revue sont également abordées.
Les auteurs ont aujourd’hui de nombreuses occasions de performer, en utilisant des formes variées et inventives, de la simple lecture à une prestation scénique élaborée. Une séance est consacrée à cette dimension publique de partage des textes, préparant les soutenances-performances prévues en fin de cursus.
Ainsi, le parcours CLIN explore la rédaction sous des formes multiples et la valorise en tant que pratique sociale. Au-delà du métier d’écrivain, il propose la découverte d’un large panel de professions, avec des savoirs pratiques et théoriques.