Christian Astolfi, devenir auteur pas à pas

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Christian Astolfi entre en écriture tardivement et publie lentement. Entre Les tambours de pierre (La Chambre d’écho, 2007) et L’œil de la perdrix (Le Bruit du monde, 2024), trois romans ont paru : Une peine capitale (2014), Cette fois, je ne t’attendrai pas (2018) chez Flammarion et De notre monde emporté (Le Bruit du monde, 2022), premier texte français publié par cette maison d’édition alors nouvellement créée et installée à Marseille. Son prochain ouvrage est prévu en 2027.

Né à Toulon en 1958, Christian Astolfi est installé aujourd’hui à Marseille. L’auteur a arrêté son parcours scolaire en seconde. Rétif, il fait la connaissance cependant d’une professeure de français influencée par la méthode Freinet, qui libère quelque chose en lui.

Adolescent, on lit peu chez lui. Il découvre Jules Verne. « J’avais soif d’aventure. Je lisais des histoires de pirates dans les Caraïbes ». Puis Julien Gracq. « Des écrivains qui emportent dans des mondes différents ».

Entré en apprentissage à 16 ans, il est ouvrier, puis ergonome. Une évolution du « col bleu au col blanc » qu’il vit difficilement. Parti de chez ses parents, devenu autonome et gagnant sa vie, il pratique la lecture de plus en plus, d’abord avec des classiques comme Camus - L’étranger, Maupassant, Flaubert, Balzac, puis Dostoïevski et des auteurs du XXe siècle.

C’est grâce à une conversation fortuite dans le train, « vers 35 ans » que s’ouvre la voie de l’écriture. En voyage professionnel, Christian Astolfi est assis à côté d’une dame qui corrige un manuscrit. La discussion s’engage. Enseignante à la Sorbonne à Paris, lectrice pour des maisons d’édition, elle incite Christian Astolfi à lui envoyer des textes. Ceux-ci ne seront jamais édités. Mais cette rencontre marquera un tournant.

Il fera de nouvelles découvertes, plus philosophiques et singulières tel Gilbert Simondon, qui viendront le nourrir et petit à petit l’amèneront vers la rédaction d’un premier roman.
« Sans prédisposition au départ, le chemin s’est fait en marchant. Je ne crois pas à l’inspiration. Au-delà du statut d’auteur, c’est l’acte d’écrire qui permet de se vivre comme écrivain ».

Des thèmes émergent de son œuvre liés à son chemin de vie : le monde du travail et le monde ouvrier, la solidarité, les figures familiales (le père, la grand-mère, morte très jeune de tuberculose), la transmission, la mémoire, les vies simples… Ses livres portent une vision critique du monde tout en étant humanistes.

Il aborderait bien d’autres sujets comme la peinture qu’il aime. Nicolas de Staël et Rothko sont par exemples des artistes dont la profondeur le renvoie à l’acte d’écrire. « Le concert de Nicolas de Staël notamment dernier tableau inachevé du peintre est très important pour moi. Je l’ai vu plusieurs fois et je suis à chaque fois subjugué (…) la peinture est un acte manuel, lié au geste. Je suis intéressé par ceux qui font les choses eux-mêmes, les artisans, les ouvriers. Je suis admiratif. Mon père avait des mains d’or comme dans la chanson de Bernard Lavilliers. Lorsque j’étais ouvrier, je me suis trouvé malhabile, emprunté. »

« Des histoires il y en a plein dans la rue, ce qui compte c’est de la mettre en forme ». L’auteur travaille souvent sans plan préalable ; à partir d’une idée. Il tire peu à peu le fil. Pas à pas, phrase après-phrase, le récit se construit. La forme va jaillir du fond. Le manuscrit révèle une ébauche qui pourra être ensuite restructurée.

La réflexion sur la forme conduit encore Christian Astolfi vers d’autres lectures : Faulkner, qui vous fait entrer dans l’intériorité de la pensée, Claude Simon, « la bande à Verdier, Mathieu Riboulet et son écriture du corps, Michon », puis Quignard. Des auteurs plus populaires comme Louis Guilloux, Paul Nizan. Marc Bernard qui a eu le Goncourt en 1942 pour Pareil à des enfants ou encore La Mort de la bien-aimée (1972), parus chez Gallimard. Des écrivains marqués parfois par des opinions politiques opposées comme Céline ou Antoine Blondin dont il adore L’humeur vagabonde. Ou encore des correspondances qui permettent d’éclairer le travail de création telle celle de Flaubert avec Louise Colet. Christian Astolfi cite également des hommes de sa génération comme Didier Castino et Laurent Mauvignier.

Depuis qu’il est à la retraite de l’Éducation nationale, il écrit chaque après-midi, trois-quatre heures. Avec rigueur, il commence par relire ce qui a été écrit la veille. La production est aléatoire, une page ou deux, parfois quelques lignes. Il reprend, corrige. « Un manuscrit ce n’est pas un premier jet, mais une multiplication de corrections ».

Si ses premiers romans sont restés assez confidentiels, les derniers touchent un public plus large. Christian Astolfi a de plus en plus d’occasions de rencontrer des lecteurs. Il a été beaucoup sollicité pour L’œil de la perdrix, avec plus de 70 rendez-vous programmés dans des contextes variés : librairies, salons, festivals, cadres scolaire, pénitentiaire… Ces moments multiples dans des milieux différents lui permettent d’élargir sa connaissance du monde.

« Le livre doit produire chez le public quelque chose qui vient à la fois de son cœur, de sa tête et de ses sens. Quand il ferme le livre, les mots doivent continuer de tourner dans sa tête. (…) Les gens s’interrogent souvent sur ce que devient le personnage de Farida dans L’œil de la perdrix. Je me rends compte quand je leur retourne la question, que chacun a déjà son point de vue ».

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