Plus de 200 repreneurs pour la librairie de Malaucène

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Créée en juillet 2013 par Corinne Barthet, La librairie de Malaucène a été reprise en juillet 2025 par un collectif de citoyens. Retour sur cette démarche militante.

Crédit photo : Librairie de Malaucène.

Après quelques années passées à être conseillère en gestion de patrimoine, Corinne Barthet ressent le besoin de nouveaux défis. Quatre ans plus tôt, son époux a ouvert sa propre librairie – La Caisse à Bulles - à Buis-les-Baronnies, à une vingtaine de kilomètres de Malaucène où ils habitent déjà : « J’ai découvert le métier de libraire à ses côtés. Dès que je pouvais, j’essayais de filer un coup de main, comprendre comment il construisait son assortiment, les attentes des clients, l’organisation d’animations… C’est sûrement aussi cette aventure qui a concrétisé mon envie de reconversion ».

Quand des amis lui annoncent vouloir quitter leur maison dans le cœur du village, son idée prend forme : « Je voulais un projet ancré à la campagne, l’emplacement était idéal, alors je leur ai demandé s’ils accepteraient de faire un bail précaire, le temps de la vente et de me lancer. On a fait le choix de l’acquérir avec quatre couples d’amis et maintenant les murs de la librairie nous appartiennent ». C’est ainsi que L’Annexe de la Caisse à Bulles ouvre ses portes à Malaucène en 2013.

Pendant douze ans, la librairie se développe, construit un réseau dense avec les habitants de la ville, les commerces, les mairies proches, les bibliothèques, les établissements scolaires, les associations culturelles locales faisant de la boutique un lieu culturel incontournable du territoire. Mais, l’âge de la retraite approchant, elle se demande comment elle va pouvoir réussir à transmettre son activité : « Elle est chronophage et plurielle pour un niveau de chiffre d’affaires plutôt faible. Demander aujourd’hui à une personne seule de faire 75 heures par semaine, ce n’est vraiment pas simple. Alors quand j’ai entendu parler du rachat des Pléiades par les habitants à Colmars-les-Alpes, je les ai tout de suite appelés ! ».

Forte de ces retours d’expériences dans la constitution d’une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC), Corinne Barthet prend son carnet d’adresses : « Pendant presque six mois, Lucie Pascal, une cliente, a souhaité venir se former à mes côtés. Elle était très volontaire et pour moi c’est devenu une évidence qu’elle pourrait peut-être prendre le relais. Je l’ai tout de suite avertie de la démarche et elle était emballée ». En novembre 2024, l’aventure est lancée. Avec une dizaine de volontaires, l’équipe commence à mettre en place les prévisionnels financiers, se rapproche de l’URSCOP et estime à 60 k€ les fonds nécessaires à la reprise et au fonctionnement de la librairie. 50 k€ sont très vite récoltés. Le 17 avril 2025 les statuts sont déposés et, en juillet, tout se concrétise.

Quatre collèges sont mis en place :

  • Le premier est composé des libraires : Lucie Pascal et Pierre Brunet, tous deux en CDI sur 20 h par semaine.
  • Le second de bénévoles, une dizaine de membres fondateurs, les plus motivés, prêts à être présents sur site ou prendre part à des salons : « Ces personnes peuvent remplacer ou soulager les professionnels sur des évènements, animer une rencontre, ou pour leur laisser plus de créneaux pour préparer des commandes, des coups de cœur, faire des retours, etc. ».
  • Le troisième de clients : « Celles et ceux qui souhaitaient que le lieu perdure, mais qui n’ont pas suffisamment de temps à y consacrer ».
  • Le quatrième de collectivités, d’associations et d’entreprises : « La commune a fait le choix de nous suivre financièrement pour nous remercier de notre investissement dans le maillage local sur les douze dernières années. Et puis, des salons du livre ou des entreprises locales ont aussi voulu apporter leur pierre à l’édifice ; je pense entre autres à Grains de lire, Écoute et goûte ou au festival Polar Pinard. Nos coopérants viennent d’un peu partout sur le territoire. C’est l’autre force de la ruralité que cette entraide, la préservation et le partage des offres culturelles ».
    Au-delà de ces collèges, les participants ont créé leur propre boucle WhatsApp pour échanger, communiquer et s’attribuer les tâches.

Crédit photo : Librairie de Malaucène.

Le pari semble réussir, car si la librairie a conservé ses équilibres de ventes : littérature noire et blanche, jeunesse, BD, poésie et dispose toujours de 4 500 références pour 70 m2, le chiffre d’affaires progresse : « Pour moi, c’est un des effets « coopérant ». Comme tout le monde, avant, ils prenaient leurs livres à la librairie, mais sûrement aussi ailleurs, alors que maintenant qu’ils y sont plus engagés, je crois qu’ils y concentrent plus leurs achats et qu’ils sont fiers de montrer et faire visiter l’endroit ».

Par ailleurs, Corinne Barthet souligne surtout l’excellent travail réalisé par Lucie Pascal et Pierre Brunet « sur les nouveautés, les vitrines, les coups de cœur et la communication. Seule je n’avais pas le temps de faire tout ça. Ils ont une énergie dingue et une réelle volonté de continuer à se former ».

La future retraitée, pour sa part, est devenue la Présidente de la SCIC et s’apprête à passer définitivement la main dès que le système des coopérateurs sera efficient et que l’équilibre financier sera assuré : « Je ne suis plus là au quotidien, disons que je suis l’œil de la vigilance. J’essaie de transmettre le plus possible aux libraires, mais surtout, je leur rappelle sans cesse l’importance des réseaux et du travail en commun. Si 65 % de notre clientèle est originaire d’ici, une grande partie de notre activité vient des familles qui sont là pendant les vacances (dont une large communauté suisse). Elles possèdent des résidences secondaires ou fréquentent des centres de vacances ; ces résidents ont fortement contribué à faire perdurer le commerce et ont choisi de s’investir dans la SCIC. Une librairie dans un village c’est primordial pour l’économie et le lien social ».

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