Marseille : une résidence d’écriture jeunesse à l’Île aux Livres

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Le début de l’année 2026 marque la deuxième édition de ce dispositif porté par les bibliothèques de la cité phocéenne. Une démarche qui rémunère et accueille durant trois mois un auteur ou une autrice jeunesse, afin qu’il ou elle puisse consacrer du temps à un projet d’écriture de livre pour enfant.

Extrait du Voyage de Babar de Jean de Brunhoff (1932), conservé à l’Île aux Livres (source : Gallica)

Ce projet s’inscrit dans une collaboration de longue date entre l’université et les bibliothèques de Marseille, plus précisément entre le service de l’Île aux Livres, centre de conservation du livre jeunesse, situé à l’Alcazar, et le Master Lettres « Création littéraire, recherche et nouvelles formes de narration », baptisé CLIN. C’est lors de la première rentrée en septembre 2024, qu’a émergé l’idée novatrice de cette résidence, grâce à Cécile Vergez-Sans, enseignante-chercheuse à Aix-Marseille-Université et spécialiste de l’album pour enfant.

La « Résidence Anne-Marie Faure », a été appelée ainsi en hommage à l’ancienne conservatrice responsable du service de l’Île aux Livres. Professionnelle incontournable pour son expertise et son dynamisme, elle a fait rayonner pendant une quinzaine d’années ce fonds d’exception et sa passion pour la littérature jeunesse.

Elle propose au lauréat sélectionné une bourse sur trois mois, période que l’artiste consacre à un projet d’écriture d’album jeunesse : texte seulement, ou bien texte et illustration. Mais c’est bien la rédaction qui est centrale dans la démarche, en lien avec la spécificité du dispositif : en effet, le candidat sélectionné est mis à contribution dans la formation des inscrits au master CLIN. Ainsi, sur un total de 6 séances de workshop réparties sur les trois mois, l’artiste présente aux étudiants son travail en cours, en partageant ses réflexions ; en parallèle, les élèves travaillent sur un album pour enfant et bénéficient de l’accompagnement et du regard avisé du professionnel.

L’exercice veut que les étudiants parviennent à une proposition achevée, qui comptera pour la validation de leur diplôme. Ce n’est pas le cas pour l’auteur, qui n’a pas d’obligation stricte d’avoir terminé son projet à la fin de la résidence. Mais dans tous les cas, des temps de restitutions publiques sont prévus et pensés collectivement.

Ce focus répond selon Cécile Vergez-Sans à une certaine lacune dans l’enseignement de la création littéraire. En France, on observe depuis une dizaine d’années un essor des formations universitaires dédiées à ce sujet, à l’instar du creative writing, discipline enracinée depuis longtemps dans les pays anglophones. Mais malgré une légitimité grandissante, la littérature jeunesse et en particulier l’album reste dans un angle mort, et souffre encore parfois d’une vieille image de sous-genre littéraire. L’album pour enfant se défend comme véritable espace d’écriture, dans lequel le dialogue texte-image et la matérialité de l’objet-livre offrent des possibilités de création très stimulantes.

La résidence est donc aussi un moyen d’apporter un bagage culturel et un espace de réflexion à des jeunes adultes qui découvrent un univers riche et complexe, propice à l’expérimentation.

Ces échanges se déroulent dans un cadre de choix : la salle de l’Île aux Livres à l’Alcazar, avec un accès aux quelque 80 000 ouvrages jeunesse. Tous, dont les plus anciens remontent au 18e siècle, sont une fenêtre sur un héritage littéraire à la fois partagé et intime, lié à l’enfance. L’idée est que la richesse de ces documents puisse servir d’appui aux workshops et vienne nourrir autant les apprenants que l’écrivain, en créant des points de rencontre et des résonnances.

Cet espace est aussi mis à disposition de l’artiste tout au long de la résidence en tant qu’espace de travail, tout en restant ouvert au public. Il est d’ailleurs invité à matérialiser sa présence, répondant à un enjeu de visibilité pour valoriser le programme aux yeux du public, en plus de l’évènement de sortie de résidence. En outre, il peut laisser une trace de son passage dans les collections de l’Île aux Livres : brouillons, croquis, notes, étapes intermédiaires… Ces pièces seront ensuite patrimonialisées en intégrant le fonds.

Catherine Chardonnay.

Crédit photo : Renaud Perrin.

La première édition a permis d’accueillir, en 2025, Catherine Chardonnay, basée à Marseille. En activité depuis une vingtaine d’années avec plusieurs albums jeunesse à son actif, parus notamment chez MeMo, Le Port a Jauni ou encore aux éditions du Rouergue, elle pratique aussi bien la rédaction que l’illustration, avec un style épuré marqué par le crayon de couleur et l’aquarelle. Elle a travaillé sur un projet d’album illustré, une histoire inédite autour d’un petit trèfle anthropomorophe prénommé Harry. L’autrice s’est beaucoup nourrie des sources de l’Île aux Livres, mais aussi d’ouvrages de botanique présents à l’Alcazar pour construire son personnage végétal. Les échanges avec les étudiants lors des workshops ont également influencé son cheminement créatif.

En 2026, parmi une dizaine de dossiers de candidatures étudiés, c’est l’autrice Pauline Barzilaï qui a été sélectionnée. Elle a publié pour l’instant trois albums jeunesse depuis 2022, chez MeMo, Le Port a Jauni et La Partie. Plasticienne, elle évolue surtout dans le dessin contemporain, le fanzine et la microédition. Elle travaille actuellement sur un projet d’album intitulé Derrière toi ta maison, illustré au pastel gras, à partir d’un de ses fanzines conçu en 2022. Elle a également présenté une proposition réfléchie sur les séances de workshop, en demandant aux étudiants de réécrire un album issu du fonds de l’Île aux Livres. Leur travail sera présenté le 1er avril à l’Alcazar, et la sortie de résidence aura lieu, quant à elle, le 22 avril.

Pauline Barzilaï.

Crédit photo : Ollivander.

Ce dispositif de résidence est à la fois un moyen fort de soutenir la création artistique contemporaine pour la jeunesse, tout en favorisant un espace de partage avec le public et une chaîne de transmission avec les écrivains de demain. Au vu du riche tissu d’auteurs et d’autrices jeunesse dans la région, et en particulier à Marseille, la résidence Anne-Marie Faure a, sans nul doute, encore de beaux jours devant elle !

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