3 questions à... Antoine Girault

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Le romancier Antoine Girault, qui réside à Marseille, se confie ici sur son univers littéraire et ses références éclectiques en tant qu’auteur et lecteur.

Antoine Girault est né en 1993, a grandi à Paris et s’est formé entre Lisbonne, Athènes et Boston. Il a entrepris des études de droit, de sciences politiques et d’arts visuels. Il s’installe dans la cité phocéenne en 2018, où, après plusieurs années dans la fonction publique, il travaille comme serveur et écrit. L’ardeur (Payot et Rivages, 2026), son premier récit, raconte l’histoire d’un voyage initiatique au cœur des États-Unis.

Je pense que celui dans lequel je me reconnais le plus est le prince Mychkine que l’on retrouve dans L’Idiot de Dostoievski. Sa candeur et sa naïveté mal perçue, son évidence face à l’adversité, sa simplicité m’évoquent mon rapport au monde.
J’ai bien souvent l’impression d’être idiot et les réponses que j’imagine face aux grandes questions qu’on me pose, ou que je me pose tout seul, me paraissent quelques fois absurdes et simplistes. Je m’intéresse aux sentiments, aux esprits alambiqués, à la philosophie politique et au vivre ensemble, et pourtant je suis persuadé qu’il me manque des cases. Des cases centrales. Je réfléchis aux grandes choses en ayant l’intime conviction d’être tout petit. J’ai très souvent l’impression d’être un plancton minuscule devant de grandes baleines qui m’avalent.

Moby Dick, Hamlet ou Les Illuminations, évidemment. Mais ce qui me vient le plus vite à l’esprit, c’est Les Années d’Annie Ernaux. Parce qu’elle a su mettre ses doigts sur le pouls de plusieurs générations en même temps, et qu’en quelques centaines de pages elle a réussi à se faire la porte-parole d’une époque entière, de ses troubles et de ses réjouissances. Je crois qu’elle a réussi une mission historique, qu’elle a mis en capsule un bout de la France, en mêlant la grande Histoire à celle d’individualités avec lesquelles nous pouvons tous et toutes nous identifier. C’est quelque chose auquel j’aspire et que j’aimerais réussir dans mes prochaines années d’écriture. C’est un chef-d’œuvre très humble, ce qui est diablement rare.


En tant que jeune écrivain, pouvez-vous décrire votre lecteur idéal ?

Question difficile… Je l’imagine curieux, touche-à-tout, éparpillé. Il est omnivore, non pas de littérature, mais de tout ce qui en constitue l’essence. Il se gratte le cerveau, le cœur et la peau, à la recherche constante d’un soulagement. Il est donc à la fois social et reclus, bavard et discret, extravagant et taiseux. Il est un passager critique, silencieux, intransigeant, dans le train rapide du goût. C’est une personne tranchée, sans peur de heurter, un bulldozer vivace qui reconnaît entre mille ce qui est tiède ou exprimé à demi-mot. En somme, mon lecteur idéal est un timide ayant horreur de la timidité. Un esthète et un insurgé.

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